Lors d’un récent voyage à Bali, en Indonésie, j’ai eu l’occasion d’assister de façon improvisée à un combat de coqs traditionnel. Ce fut bref, car sur le coup, bien qu’intriguée par la pratique culturelle, j’éprouvais également quelques réticences. Notamment, à laisser mes enfants être témoin de ce cruel spectacle. (Ils ont pénétré l’enceinte, mais n’ont pas vu le combat…)

Dans le feu de l’action, je n’avais pas réalisé avoir un accès entre guillemets privilégié, à l’intérieur d’une arène hautement réservée. Sans vouloir faire de jeux de mots, il y a fort à parier que sans mon sarong, mais surtout sans mon guide local Balinais, je n’aurais pas réussie à me faufiler ce jour-là.

En effet, le combat de coq est une des seules activités publiques strictement masculine où la femme n’a pas du tout sa place. Imaginez une femme étrangère avec son appareil photo…

Qui suis-je donc pour juger? C’est la question qui m’a permis de faire momentanément abstraction de mon opinion, de foncer et d’appuyer sur le déclencheur. Lorsqu’on choisit une approche documentaire et qu’on adopte un regard photo-journalistique sur les gens et leurs façons de vivre, on m’a appris que le plus important, ce n’est pas le photographe…

Dans les faits…

Contrôlés, les combats de coqs ne peuvent théoriquement qu’avoir lieu lors de certaines festivités religieuses (c’était le cas de celui-ci), mais les paris sont en revanche normalement interdits…

Dans les montagnes, certains Balinais résistent encore à la loi. Il n’est donc pas si rare de tomber sur des combats illicites. Si vous voyez un grand nombre de petites motos garées en bord de route, c’est généralement le signal.  

Au milieu du bazar, des gesticulations, des cris, de la chaleur et de la poussière de paille, on comprend assez vite qu’il se joue beaucoup plus que quelques roupies. Ce dont les combats de coqs parlent véritablement, c’est de relations sociales…

À Bali, le combat de coqs est d’abord un sacrifice offert aux démons pour apaiser leur colère. Impossible de participer à une grande fête spéciale au temple sans avoir préalablement organisé un combat.

Or, parallèlement à ce jeu théâtral bien orchestré, il s’agit plus souvent de l’estime, de l’honneur, du respect; de la position sociale qui est en jeu.

L’anthropologue américain Clifford Geertz décrit d’ailleurs ce sport régional comme un récit que les hommes se racontent à propos d’eux-mêmes.

Des hommes et des coqs
Le rituel est toujours le même: une dizaine d’hommes pénètrent d’abord dans l’arène à chaque match. Chacun porte un coq et part à la recherche de l’adversaire idéal.
Des coqs et des hommes
Une fois les deux adversaires déterminés, on attache à chaque coq un éperon. Leur longueur peut varier de dix à douze centimètres et leur fixation requiert un savoir faire particulier. 
Des coqs et des hommes
Si ce sont des coqs que l’on voit se battre, il ne faut pas oublier que les apparences peuvent être trompeuses, car en réalité, ce sont plutôt des hommes…
Des coqs et des hommes
Les Balinais prennent « grand soin » de leurs coqs et ils en sont fiers. Ils peuvent consacrer un temps infini à toucher, caresser, nourrir et comparer leurs protégés. C’est pour cette raison que les coqs de combat se laissent plus facilement manipuler que les autres.
Des coqs et des hommes
Les deux coqs armés sont finalement placés face à face au milieu de l’arène. Les deux hommes qui les manipulent ne sont pas forcément les propriétaires. À même la terre battue, tous attendent le départ des hostilités.
Des coqs et des hommes
Puis, le plus grand silence se fait, et c’est partie. Il aura fallu dans ce cas-ci, moins de 5 secondes pour déterminer le vainqueur.
Des coqs et des hommes
Le gagnant est célébré, l’autre écarté. L’heure de payer a maintenant sonnée

L’envers de la médaille de ce folklore masculin, c’est que les coqs, la plupart du temps enfermés en cages, n’ont pas une belle vie et que parfois les parieurs, comme tous les intoxiqués du jeu qui arpentent les casinos dans d’autres pays, passent souvent de l’espoir au désespoir, jusqu’à liquider tout l’héritage familial. (Une suite du sujet à venir…)

Finalement, bien que cette pratique fasse partie intégrante de la culture, lorsqu’on souhaite découvrir Bali, la splendeur des lieux et les gens qui font toute la richesse de l’île, pour satisfaire sa curiosité, il y a définitivement beaucoup d’options, autres que celle d’assister à un combat de coqs et d’hommes…

 

Pour aller plus loin sur le sujet de la culture balinaise expliquée par l’intermédiaire des coqs locaux : lire Clifford Geertz, Bali, interprétation d’une culture, Paris, Gallimard, 1983. 

Autres sources: www.baliautrement.com/actualite_indonesie.htm

 

Copyright © Mélissa Tremblay – MAY Photographie – Tous droits réservés

A propos de l’auteur MAY

Photographe freelance, expatriée à Shenzhen tout près de Hong Kong depuis 2016, je documente ma vie de famille et celles des gens de façon authentique et artistique. J'apprend le mandarin, je voyage, je fais des rencontres, je ris, je pleure; je découvre... Let's do this together!

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